Nationalisation de Somair : Orano met en garde les acheteurs d’uranium nigérien
La confrontation entre le Niger et le groupe français Orano s’intensifie après la nationalisation des actifs de la mine de Somair. En jeu : environ 1 000 tonnes d’uranium, dont la propriété est désormais contestée, dans un contexte de redéfinition de la souveraineté minière nigérienne et de fortes implications pour les marchés internationaux.
Économie

- Par Paul-Rigobert Kouadio
- Uranium nigérien : Orano menace de poursuites l’État et d’éventuels acheteurs
La crispation s’accentue entre Paris et Niamey autour du dossier sensible de l’uranium nigérien. Le groupe français Orano, longtemps pilier de l’exploitation minière au Niger, a fait savoir qu’il se réservait la possibilité d’engager des actions en justice non seulement contre l’État nigérien, mais également contre toute entité qui viendrait à acquérir de l’uranium provenant des actifs récemment nationalisés.
Cette position a été exposée le 21 janvier devant le Sénat français par le président du conseil d’administration du groupe. Selon Orano, environ 1 000 tonnes d’uranium, issues de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR), coentreprise dans laquelle le groupe détenait une participation, ont été saisies par les autorités nigériennes. La valeur de ces stocks est estimée à près de 350 millions de dollars, selon les chiffres avancés par l’entreprise.
Orano affirme qu’une partie de ce minerai aurait déjà été déplacée vers Niamey, sans qu’aucune précision ne soit fournie sur son stockage, sa destination finale ou ses conditions de mise sur le marché. Le groupe dénonce un manque total de transparence et considère cette opération comme une expropriation. Il indique vouloir défendre ses droits devant les juridictions compétentes et avertit que toute transaction impliquant ces volumes pourrait exposer les acheteurs à des contentieux internationaux. En adoptant cette ligne, Orano cherche à dissuader les acteurs du marché de se fournir en uranium issu des sites passés sous contrôle de l’État nigérien. Le groupe entend faire valoir ses droits de copropriété et rappeler que le différend ne se limite pas à une relation bilatérale avec Niamey, mais pourrait concerner l’ensemble de la chaîne commerciale.
À Niamey, les autorités de transition assument une rupture stratégique. Fin novembre 2025, le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, avait affirmé que le Niger entendait disposer librement et souverainement de ses ressources naturelles, y compris de l’uranium, et en assurer la commercialisation selon ses propres choix. Cette orientation s’inscrit dans une politique plus large de reprise en main des secteurs jugés stratégiques. Lors d’un déplacement dans la région d’Agadez, le président de la transition avait annoncé le passage sous contrôle de l’État de plusieurs sociétés actives dans l’uranium et l’or. En visitant le site de la SOMAIR, il avait assuré les employés de la volonté des autorités de sécuriser et relancer la production, présentée comme un levier essentiel pour les finances publiques.
Au-delà du contentieux entre un opérateur industriel et un État, l’enjeu revêt une dimension internationale. Le Niger figure parmi les producteurs majeurs d’uranium, une matière première stratégique pour l’industrie nucléaire mondiale. Toute incertitude sur le statut juridique des stocks et des contrats pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement, à un moment où plusieurs pays relancent leurs programmes nucléaires. Pour Orano, le dossier engage la protection de ses intérêts financiers et la défense d’un cadre juridique perçu comme indispensable à l’investissement étranger. Pour les autorités nigériennes, il s’agit d’affirmer une nouvelle doctrine économique, fondée sur le contrôle direct des ressources nationales et la remise en cause des équilibres hérités du passé.
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